Un mal pour un bien

David Boily pendant la 3e étape du Tour de Suisse 2012, première invitation à une course par étapes WorldTour pour l’équipe Spidertech. — Photo Kristof Ramon/kramon.be

J’avais l’intention de lancer ce blogue en écrivant sur les conséquences de la chute de Lance Armstrong et des révélations de l’enquête de l’USADA sur le dopage dans l’ancienne équipe US Postal. Bien que le sujet soit aussi intéressant qu’important, il y a tant de choses qui ont été écrites que je ne trouvais pas grand-chose à ajouter, sinon que j’adore toujours autant ce sport. Malgré ses défauts, malgré le dopage.

Non seulement l’annonce de la signature de David Boily et de Guillaume Boivin chez Cannondale m’a fait l’effet d’une bouffée d’air frais, elle me donne aussi l’occasion idéale d’illustrer l’objectif de ce blogue : donner du contexte à la nouvelle. Alors, c’est un départ!

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À quelque chose, malheur est bon. Lorsqu’en octobre Steve Bauer a mis en dormance son équipe Spidertech P/B C10 pour la prochaine saison, plusieurs de ses coureurs ont dû se lancer dans un autre genre d’épreuve : trouver une nouvelle équipe alors que la saison des transferts est déjà bien entamée. Force est de constater que les Parisien, Boily et Boivin ont pris la bonne échappée.

Le premier a rapidement déniché une place au sein de l’équipe continentale pro Argos-Shimano aux côtés, entre autres, des jeunes étoiles du sprint Marcel Kittel et John Degenkolb. Les succès des ces deux coureurs pourraient permettre à l’équipe de faire le saut au niveau ProTour en 2013. François Parisien aura donc amplement l’occasion de se faire valoir sur la scène européenne l’année prochaine.

De leur côté, David Boily et Guillaume Boivin, sans doute les talents les plus prometteurs chez Spidertech, ont pris un peu plus longtemps à se replacer les pieds, mais l’attente en valait le coup : les voilà qui font le saut directement au niveau ProTour!

L’équipe italienne Cannondale Pro Cycling Team (anciennement Liquigas-Cannondale) a annoncé leur mise sous contrat pour la prochaine saison, ce qui leur ouvre les portes des plus grandes courses et leur permet de rouler aux côtés de la grande révélation de 2012, le Slovaque Peter Sagan, et du double vainqueur du Giro d’Italia, Ivan Basso. Évidemment, les deux Québécois devront d’abord faire leur place et montrer ce qu’ils ont dans le ventre s’ils veulent prendre le départ des grandes classiques et des grands tours. Le Danois Brian Bach Vandborg, leur coéquipier chez Spidertech, se joint lui aussi à Cannondale.

Ne boudons pas notre plaisir! Même si le début de la saison est encore loin, voyons de quelle façon peuvent s’intégrer Boily et Boivin à leur nouvelle équipe.

Un grimpeur…

David Boily et Guillaume Boivin sont deux types de coureurs tout à fait différents. Le premier a la stature d’un grimpeur, alors que le second, bâti plus solide, est taillé pour les classiques et les étapes de sprint.

Le premier grand fait d’armes de David Boily sur la scène internationale a sans contredit été sa deuxième place au Tour de l’Avenir, en 2011. Après s’être vaillamment battu pour conserver le maillot de meneur pendant quatre jours de cette course par étapes d’une semaine, considérée comme le Tour de France des moins de 23 ans, Boily avait cédé la position de tête lors de la dernière étape. Décimée par les blessures, l’équipe canadienne n’avait pu l’aider à conserver sa mince avance sur le Colombien Esteban Chaves.

Sa performance a néanmoins ouvert les yeux de bien des observateurs, et si la saison 2012 n’a pas apporté de podium aussi prestigieux que celui du Tour de l’Avenir, Boily a bien fait. On pense, entre autres, à sa bataille avec le Canadien Sebastian Salas pour le maillot à pois au Tour de Californie, en mai.

Un mois plus tard, la participation de Spidertech au Tour de Suisse a permis à Boily de prendre la mesure du chemin à parcourir pour performer au niveau supérieur. La semaine a été éprouvante pour tous les coureurs de la formation de Steve Bauer, qui misait sur cette première invitation à une course ProTour – outre les Grands Prix de Québec et de Montréal – pour «montrer» le maillot Spidertech. Cependant, l’expérience profitera sans aucun doute à Boily et à Boivin qui sauront à quoi s’attendre en prenant part au calendrier ProTour.

On peut se douter que Boily ne fera pas partie d’un éventuel train pour lancer Sagan dans les sprints. Sa place au sein de Cannondale sera plutôt aux côtés des grimpeurs comme Basso. «Je vais probablement aller chercher quelques bouteilles pour eux cette année. C’est le genre de tâche qu’on aime moins faire, mais là, ça va me faire grand plaisir!», a d’ailleurs réagi Boily lorsque interrogé par Olivier Bossé, du journal Le Soleil.

Comme Cannondale fait partie du ProTour, la participation de l’équipe aux trois grands tours – Giro d’Italia, Tour de France et Vuelta a Espana – est automatique. Si Boily se montre le moindrement à la hauteur de son talent, il devrait prendre part à au moins un des grands tours. Il en saura d’ailleurs un peu plus sur les intentions de Cannondale à son endroit à la fin novembre, alors qu’il vivra son premier camp d’entraînement avec sa nouvelle équipe.

C’est l’un des grands avantages de courir sur le ProTour. Même si le talent et l’expérience sont là pour David Veilleux, ses chances de faire un grand tour sont plus limitées que celles de Boily. L’équipe Europcar, qui s’aligne en continentale pro, doit compter sur une invitation, un wild card, pour prendre le départ d’un grand tour. Et comme les organisations privilégient les équipes locales dans l’octroi des invitations, il n’y avait guère que le Tour de France qui s’intéressait à Europcar en 2011 et 2012. Les choses pourraient changer en 2013 si l’équipe obtient une licence ProTour.

…et un sprinteur

Guillaume Boivin au Grand Prix Cycliste de Montréal. — Photo Pasquale Stalteri

Si Boily a fait écarquiller les yeux au Tour de l’Avenir 2011, Boivin a choisi une plus grande scène encore pour se présenter officiellement : les Championnats du monde U23 en 2010. Le sprinteur y a récolté la médaille de bronze, ex aequo avec l’Américain Taylor Phynney, qui a très bien fait cette saison chez BMC.

La saison 2011 a été plus difficile, alors que Boivin n’a presque pas roulé en raison d’une blessure qui a tardé à guérir. Toutefois, il s’est très bien repris cette année en allant chercher plusieurs excellents classements, entre autres lors des courses printanières (Grand Prix de l’Escaut, Tro Bro Leon, Grand Prix Pino Cerami, Handzame Classic).

Sa pointe de vitesse permet d’envisager de le voir prendre part au train qui lancera Peter Sagan lors des sprints massifs. Et il pourra sans doute sprinter pour lui-même dès que l’occasion se présentera.

La possibilité de le voir sur un grand tour existe, mais c’est évidemment du côté des classiques que Boivin aura le plus de chances de s’illustrer. «J’espère être en mesure de me tailler une place pour les classiques printanières dans le nord de l’Europe. Ce n’est pas fait, mais c’est ce que je vise. […] J’aimerais juste démontrer que je suis capable de courir dans ce calibre et dans ce genre de courses là», a mentionné Boivin à Johanne Saint-Pierre du Quotidien.

Justement, le palmarès de l’équipe Liquigas-Cannondale n’a pas été particulièrement remarquable ces derniers printemps. Boivin pourra certainement contribuer à l’améliorer.

Siège social boulevard René-Lévesque

Au fait, d’où vient l’intérêt d’une équipe italienne pour deux p’tits gars du Québec? Certes, le talent et le potentiel de Boily et de Boivin sont d’excellents arguments de vente, mais le fait que le fabricant de vélos Cannondale appartienne à Dorel Industries, sis boulevard René-Lévesque à Montréal, peut aussi avoir joué un rôle.

En effet, Dorel, qui se spécialise dans les produits pour enfants (chaises hautes, sièges d’auto, etc.) et les vélos grand public destinés aux grandes surfaces (Canadian Tire, Wal-Mart), a fait l’acquisition du manufacturier américain de vélo haut de gamme Cannondale en 2008 pour 202 millions $. Depuis, cette division de Dorel est devenue de loin sa plus profitable. En 2011, la division Cannondale a engrangé des profits de 21,4 millions $ au premier trimestre seulement, une hausse de 20 % par rapport à la même période l’année précédente.

En entrevue au Globe and Mail, Martin Schwartz, le pdg de Dorel, a assuré que son entreprise est dans ce segment pour y rester, ce qui augure bien pour l’appui à une équipe cycliste. Depuis l’acquisition, Dorel a fait taire bien des détracteurs qui croyaient que l’entreprise se mettrait à vendre des vélos Cannondale à 100 $ dans les Wal-Mart. «Je crois qu’il va toujours y avoir des critiques qui prétendront que nous ne sommes pas une vraie compagnie de vélos haut de gamme, que le couperet va bientôt tomber et que nos vélos se retrouveront bientôt sur dans les grandes surfaces. Tout ça, ça n’arrivera tout simplement pas!»

Jusqu’à maintenant, l’identité québécoise du commanditaire ne se reflétait pas dans la composition de l’équipe cycliste. C’est plutôt du côté des racines américaines de Cannondale – la division est toujours établie aux États-Unis – qu’on retrouve quelques représentants : Tim Duggan [qui avait signé avec Spidertech pour 2013 et dont le statut est incertain] et Ted King, en 2012.

L’implication accrue de Cannondale auprès de Brixia Sport, propriétaire de l’équipe Cannondale Pro Cycling Team, peut laisser envisager de belles opportunités pour les coureurs d’ici. Et si je me trompe et que seuls les mérites de David Boily et Guillaume Boivin expliquent leur mise sous contrat chez Cannondale, tant mieux!

Une dernière chose : chez Cannondale, nos deux Québécois pourront faire entendre raison à Ted King sur les mérites respectifs du sirop d’érable du Québec et du sirop d’érable de la Nouvelle-Angleterre.

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